Des instants poétiques avec Flo et Carina!
Λογοτεχνικές στιγμές στο "σπίτι - βιβλίο"
της Carina Istre με Florence Evrard
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Sans cesser de m'accro-cher, de peur d'être emporté, je suivais la courbure irrégulière de la roche qui se révélait d'une rive à l'autre. Je marchais, de l'eau jusqu'à la taille. À son plus bas, le fleuve se frayait un chemin, se dispersant en de multiples veines, selon le ravine-ment. Son flot apparaissait calme ou tumultueux, le courant doux ou capricieux. Son humeur était variable, tout dépendait du relief. J'étais pieds nus et je craignais de me blesser. Je ne relâchais pas ma vigilance. Maintenant, je devais me lancer. J'avais atteint ce qui ressemblait à une grande baignoire naturelle. Tout le bord luisait sous le soleil. A un endroit, l'eau se déversait en mous-sant. J'ai compté jusqu'à trois, retenu ma respi-ration et plongé enfin. Surpris par le courant, j'ai fourni d'abord un effort pour me stabiliser, puis je suis allé en nageant sous la petite cascade. Un animal m'avait précédé. Un serpent se tenait. je ne sais comment, dressé dans l'eau qui jaillis-sait. C'était une couleuvre inoffensive. Mon intru-sion n'a pas semblé l'émouvoir. Nous sommes restés ainsi un long moment l'un à côté de l'autre, de l'eau nous tombant sur la tête.
En compagnie de ce serpent, hors du monde ordinaire, je pensais au fleuve. J'étais dans les dispositions d'esprit de Jini Harrison quand, dans Une odyssée américaine, il écrit: Curieusement.
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les souvenirs affluent parfois comme des essaims entiers, comme des abeilles. J'avais tant de souvenirs de Garonne. Elle était une réalité de ma vie et un personnage à part entière de mes livres. Dans mes histoires, ils sont nombreux à la fréquenter. Là, au point le plus haut du Pont-Neuf, nous sommes en mars, un commissaire de police guette le retour du milan noir. Non loin, un soir, Émile regarde les goélands qui ricanent autour des réverbères. Un autre jour, Félix franchit le pont des Catalans. «Il devait pleuvoir aussi en amont car la Garonne était déjà très grosse. Le fleuve bouillonnait au niveau de la chaussée du Bazacle. Juste sous les façades de l'hospice Saint-Joseph de la Grave dont le dôme semblait à lui seul affirmer une idée qui ferait froid dans le dos, des cormorans se tenaient telles des sentinelles sur les bois flot-tants. Dans un autre roman, une femme est assas-sinée. La berge était étroite et creusée d'ornières que le soleil avait durcies. La ville s'estompait peu à peu. Les arbres dissimulaient le complexe sportif et la cité universitaire sur l'autre rive. Le fleuve était coupé du quartier Croix-de-Pierre par une très haute digue en béton, affreuse. >> Le visage s'enfoncera dans la vase. La matière cérébrale se mélangera lentement à l'eau verte.
Mes personnages sont liés au fleuve comme je le suis, par une irrésistible attirance qui rend tout
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possible, le meilleur et le pire. Malheureusement, les drames ne se jouent pas seulement dans la fiction. Souvent, le fleuve enfle et les hommes se laissent surprendre, comme certaines nuits de grande crue. Près de l'écluse Saint-Michel, un couple vivait sous une tente. «Les réverbères du pont de Halage éclairaient faiblement la Garonne. L'eau jaillissait des arches, assourdissante. Des branches, des arbres entiers, mêlés à des immon-dices, avaient formé des barrages naturels et il semblait en quelques endroits que des gueules terrifiantes crachaient une bave poisseuse. Qu'un de ces barrages cède brusquement et nous en serions recouverts, nous serions emportés...>>>
Cette digue affreuse est en partie colorée de roux à l'automne, grâce au lierre qui se fane. Au pied de cette digue, j'ai marché un dimanche. Je n'étais pas seul. D'autres gens avaient besoin de voir. Nous étions encore sous le choc de la catastrophe. 21 septembre 2001. 10 heures 17. Hangar 221. Quelques jours avaient passé. Nous ne réalisions pas. C'était un miracle si nous étions encore là. Toulouse aurait pu être rayée de la carte. Régnait un silence pesant. Nous étions comme à nous recueillir. Nous ne pouvions que constater l'ampleur des dégâts. À des centaines de mètres à la ronde, l'explosion avait projeté des taules et des poutrelles, déchiquetées, tordues, un véritable
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déluge d'acier, jusque par-delà les ponts de l'Onia et d'Empalot. La Garonne, que les usines du pôle chimique avaient salie durant de nombreuses années, continuait à couler, imperturbable. Elle semblait avoir été épargnée, intacte au milieu de la grande plaie ouverte. C'était réconfortant. Elle coulait et coulerait ainsi de toute éternité.
Et pourtant la Garonne change, se trans-forme, d'elle-même, quand elle le décide... Les hommes l'ont contrariée, la contrarient encore. Ils la contiennent, la briment, par des chaussées, des dérivations, des barrages. Mais elle s'obstine, résiste! Elle a toujours ses humeurs! Elle envahit les prairies, les promenades. Elle déborde, inonde! À l'occasion, elle emporte une berge. Plus calme-ment, elle crée une petite île, un ramier, comme celui dont les arbres montent vers le pont Saint-Michel. Ce ramier ni large ni long intrigue. On y accède en barque. Les animaux sont là tranquilles. Un pêcheur, ivre ou frappé de cécité, prétendit un jour y avoir vu un ours... C'était plus sûrement un gros ragondin. Ces bêtes-là s'ébattent en famille sur les plages, sur les amoncellements de bois morts, au pied des piles, sous les arches. C'est la vie sauvage au cœur même de la ville! D'ailleurs, il arrive qu'un sanglier téméraire, perturbé par on-ne-sait-quoi, remonte les berges et s'en aille errer dans les rues. Il fonce, effraie tout le monde.
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Il passe par le Capitole et s'engouffre dans un magasin. L'aventure ne finit jamais bien... Le fleuve a aussi ses suicidés. Gare à la Garonne...>>> chantait Allain Leprest.
Le serpent n'a pas bougé. Nous sommes encore ensemble dans les bouillons d'eau fraîche. Il me rappelle une couleuvre vipérine que je surpris dans les pinfles, les fameux galets de Garonne, tout près de là. Quand le fleuve s'assèche, que se découvrent certains endroits qu'il avait submergés, ce sont de nombreuses mares qui se révèlent au milieu d'une végétation impénétrable. Sur une branche morte, un héron bihoreau patiente. Un martin-pêcheur jaillit à travers les arbres. À la cime d'un peuplier, un loriot chante. Ces mares ressemblent à des bayous. L'été, l'illusion est parfaite. On s'attendrait à croiser un caïman. Ne manquent ni les moustiques ni les grenouilles, Dans les espaces ensoleillés, voltigent les papil-lons, Robert-le-Diable ou citrons. C'est ce jour-là ou un autre que j'assistai à une scène de chapar dage violente. Un milan noir avait trouvé une quel-conque charogne. Le rapace volait sur le fleuve et soudain deux goélands argentés lui menèrent la vie dure. Le premier le harcela de telle sorte qu'il finit par farhet ad prise. Le second, à l'affût, en profita
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aussitôt pour la rattraper. La nourriture ne toucha même pas l'eau! Les goélands ne sont pas réputés pour leur sens du partage et pourtant la manœuvre semblait calculée, concertée, Le goéland argenté est devenu le grand prédateur du fleuve. J'ai vu un poussin de poule d'eau se faire emporter vivant sans que sa mère ne puisse quoi que ce soit, à part crier. J'étais à marcher sur le pont de Garigliano. La piscine Nakache se découpait sur le ciel bleu pâle. La chaleur était accablante.
Du confluent au pont des Catalans sont les méandres que je connais le mieux. Chaque pont est comme une fenêtre sur un paysage toujours fascinant. C'est d'un pont à l'autre et, souvent, une histoire d'animaux. J'oubliais les martinets pâles de l'Hôtel-Dieu, le bruant zizi non loin du Cancéropôle, les aigrettes garzettes dans les flaques ici et là. Longtemps après la disparition de l'usine AZF, j'ai traversé le pont d'Empalot avee mon fils. Nous partions à la pêche à la tortue de Floride! Nous en avions aperçu de bien grosses sur un petit bras mort. Le pont d'Empalot, laissé à l'abandon, fleuri par des plantes conquérantes, enjambait le bras supérieur de la Garonne. Naguère, des centaines d'ouvriers l'empruntaient pour se rendre à la poudrerie. J'aimais ressentir ce lointain passé, imaginer les hommes descendre le grand escalier en ciment. J'aimais l'ambiance
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três roman noir, que renforçaient le trafic automo bile sur le pont de l'Onin et, de temps en temps, le fracas d'on train qui lui aussi, par une autre voie, franchissait le fleuve. Nous avons trouvé un passage et péché tout l'après-midi à l'ombre des arbres. Un machaon a bien voleté autour de nous mais aucune tortue n'a mordu à l'hameçon.
Par une berge, nous pénétrons dans le fleuve, nous éprouvons alors sa fraîcheur, son intensité, diversité, sa beauté. Nous éprouvons profondément tout cela mais c'est en prenant de la hauteur que nous pouvons mieux le comprendre encore. Des coteaux de Pech David, nous découvrons un fleuve qui a décidé de la vie des hommes, les a obligés à s'en arranger. D'un point de vue géologique, s'achè veraient là les collines du Lauragais. Le paysage est magnifique. La Garonne semble miroiter jusqu'aux Pyrénées, jusqu'à sa source. Nous nous prendrions à vouloir remonter son cours jusqu'an pie d'Aneto. Si nous parvenions à Cazèves, cela ferait déjà une très belle aventures, Mioux vaut ne pas s'approcher trop du bord. La falaise est friable. En bas, la Garonne se scinde en deux bras. Toute l'eau se retrouvera plus en aval apres Saint-Michel Que manque-t-il à la Garonne? Dess loutres? Des sarunous? Il se pourrait que ces animaux soient de
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retour bientôt. Des rêves? Elle est une source de rèves, une source intarissable..
Le serpent a disparu. Je ne faisais plus atten-tion à lui depuis un petit moment. Qui peut soup-conner que je suis la au milieu du fleuve ? Même pas la grenouille qui s'est approchée et que j'ai faith attraper. Jame buen parler aux grenouilles. Même pas le rapare que des corneilles pour Auvent done rive à l'autre Monte pas Phomme qui passe en canoë. La presence d'un autre humain ma soudain suporte. Je ne confonds avec le fleuve Il faut Pire un peu fon sans doute, en plus de ne pas de la traicheur de l'eau. Il s'agit moins de croire à la réalité des choses que d'imagineer que fait serait possible. Ainsi la Garorme est plus belle encore. Elle a cette beauté unprévisible
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Les oiseaux ne font pas vieillir. Un héron se tient au bout de l'Evre, au pied de la chaussée encom-brée de branches mortes, où s'écoule la rivière. Je l'observe et mon émotion me paraît égale à celle que j'éprouvais quand j'étais plus jeune. C'était ailleurs, dans une autre région, mais il s'agissait aussi, souvent, d'un héron gris que je dérangeais dans sa pêche, qui semblait se demander s'il était bien prudent de me laisser approcher puis s'en-volait lourdement. Je n'ai pas l'impression que près de quarante ans ont passé. L'émoi est bien le même. L'échassier immobile se confond dans la végétation enchevêtrée. Il y a le sentiment d'une scène inscrite pour l'éternité. Comment done, m'en divertissant à nouveau, pourrais-je avoir vicilli? Cela est dû pour beaucoup à la ressemblance, Personne ne saurait distinguer un héron gris d'un autre héron gris, n'est-ce pas? Si j'ai changé, et j'ai changé! à cet instant il n'y paraît pas, du moins je ne le ressens pas, je pourrais être à n'importe quel moment de ma vie.
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Les oiseaux ne font pas vieillir et même, ils vous rajeunissent. J'en acquiers la certitude plus loin. Je me suis écarté de l'èvre pour cheminer à travers les arbres. Un coucou chante, c'est la premère fois que je l'entends cette année. Je suis arrivé avec les oiseaux migrateurs. Le rossignol S'est mis à chanter mercredi, la huppe samedi.
C'est l'époque où le pissenlit et le bouton d'or tehaussent d'un jaune franc les prairies vertes et grasses raat la pluie est tombee à la fin de l'hiver, Les feuer eles suulos laissent peu apercevoir de la Lobe male je suis ému par les autores qui m'ancomunale septier, volant vivement Jardensur Scies qui abondeot à certains droties papillons sont de la balade. que se rencontrent et soulaiste As boxeurs.
C'est ainsi que Palues..
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retenant le plaisir, persuadé d'être comblé bientôt. Il y aura forcément un endroit propice et je contemplerai le fleuve, les plages de l'autre rive, l'ile Mocquart et même, si je me tourne vers T'amont, l'église du Mont-Glonne. J'y parviendrai mais, en attendant, c'est un moment plus ordi-naire qui se dessine. Après les prairies, j'atteins une peupleraie où s'est installée une colonie de corbeaux. Je me retrouve aussitôt comme l'enfant que j'étais, l'enfant batailleur qui n'hésitait pas à donner du poing quand un camarade avait le malheur d'enfermer un scarabée dans un bocal. sans même de petits trous dans le couvercle pour respirer! Le garçon se présenta à l'infirmière avec un beau cocard et je fus convoqué par le directeur. Je défendais la Nature! Défendre, c'était aussi compter à l'occasion, en compagnie de mon maître en ornithologie, les colonies de corbeaux. J'avais peut-être treize ans. J'ai de nouveau treize ans! Quand les corbeaux prennent conscience de ma présence, ils s'énervent! Les arbres sont encore un peu nus et je vois très bien les nids. Je les compte. Attention à ne pas les confondre avec les boules de gui! Il y en a plus de quarante! Je suis ravi. Je suis toujours un enfant.
Plus tard, je me suis aventuré sur un épi. Des gravelots se sont envolés et reposés à un jet de pierre. Ils n'étaient pas effrayés, seulement
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surpris. J'avais l'envie de courir aussi loin que possible sur le fleuve. J'avais été frustré au cours de l'hiver de ne pouvoir goûter à ces rives. Maintenant, la crue n'était plus un obstacle. Je m'avançais, au risque de m'enfoncer dans la vase, sur ces laisses que la décrue avait décou-vertes. Des oiseaux s'y étaient promenés avant moi. Comment alors, voyant «la marque des longs doigts écartés du héron», ne pas penser à Julien Graeq, quand il évoque les vasières encore molles, le giclement de la vase tiède entre les orteils »? Pour un peu, j'aurais enlevé chaussures et chaus-settes! Cette trace de héron me confortait dans mon idée. Avec les oiseaux, il n'y a pas de temps qui vaille. J'avais sous les yeux la trace, la même trace que Julien Gracq avait décrite. Que l'auteur de Saint-Florent-le-Vieil l'eût observée cinquante ans plus tôt ne changeait rien à cela. Non plus que cette trace fût par naturé éphémère. Je vivais le même moment. Ainsi de Gracq, n'avais-je jamais été aussi proche. Très certainement, de la sorte, s'inunisçait-il aussi un peu plus en moi. Cela me semblait d'autant plus probable qu'il n'y avait pas de héon pour en douter. Le héron avait fui! Il n'y avait plus qu'une image figée. Cette trace dans la save, comme le signe d'une connivence immuable.
El me voici maintenant qui ne sais plus ni Phonny pi le jour, ni l'époque! Je pourrais être
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partout ailleurs à la condition que subsiste un peu de beauté simple. Je pourrais être d'une autre origine sociale et culturelle, d'un autre horizon, d'un autre sexe même. La trace du héron m'a mis hors du temps et des considérations humaines. Suis-je revenu alors de l'Evre? Est-ce ce jour où j'ai marché vers le lieu-dit les Petits champs? Ai-je forcé le pas jusqu'à Cul-de-bœuf? Non, ce n'était pas le même jour. Le soleil me chauf- fait la nuque. J'avais franchi la belle voûte que formaient les arbres sur la route étroite. Au-delà, se révélait la vallée de la Thau avec ses haies vives et ses prairies remplies de fritillaires pintades. Je suis parvenu au bord d'une boire, que l'on désigne ainsi pour ne pas dire une mare, il s'agit plutôt d'un bras mort de Loire. L'endroit baignait dans un silence intrigant et une atmosphère moite qui m'ont fait croire un instant que j'étais rendu en Louisiane. Des lichens buissonnants, comme des cheveux hirsutes, pendaient des branches Mais le coucou a chanté de nouveau. Alors, j'étais bien en Anjou. Des hirondelles virevoltaient. Qui a écrit que les oiseaux sont les virgules du ciel? Je ne me souviens pas. Les virgules sont si nombreuses que la phrase qui s'écrit a peut-êtr eu un début mais n'aura pas de fin. Qui oserait mettre un point? Ce sont aussi des fils invisibles que les oiseaux tendent sur l'azur, et il me platt
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de croire que je peux y suspendre ou en décrocher, à l'envi, mes désirs et mes rêves.
Un matin, je guidais quelques amis dans l'île Batailleuse. Nous parvînmes à une prairie. L'idée était de lire à haute voix Edward Abbey, un écrivain américain que j'admire, tant il a aimé et défendu la Nature. Cela me paraissait un hommage juste et nécessaire. Une bouscarle de Cetti s'égosillait dans une haie non loin. Je me mis à lire et un autre passereau, peut-être une fauvette, chanta à son tour. Un rossignol, ensuite, lança ses trilles. Je lisais et, comme s'ils s'étaient concertés, désirant rivaliser d'élégance, toujours plus d'oiseaux m'accompagnaient en chantant, de plus en plus fort et de plus en plus près. Je ne les gênais pas, au contraire. Ils finirent par m'obliger à forcer sur ma voix. Il sembla bien que par leur faute je trébuchai ici et là. Je ne crois pas qu'il y ait quoi que ce soit après la mort, mais je me surpris à penser que là où il se trouvait, Edward Abbey devait être ému par ce concert improvisé. J'étais confus car, parmi tous les musiciens de Forchestre, je n'étais sûrement pas le plus talen-tueux. Nous continuâmes ensuite notre chemin. jusqu'à une plage où je me remis à lire. Cette fois, tout était calme. Mais bientôt une voix m'alerta.
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Ce n'était pas un héron gris qu'on venait d'impor-tuner et qui s'arrachait à la vase, mais un ragondin qui en père tranquille traversait le fleuve. Quand ce n'est pas l'un, c'est l'autre! m'irritai-je. Mais il fallait sans doute que s'exerce un peu plus de magie. Ce genre de ragondin, aucun de nous n'en avait encore rencontré. C'était un ragondin albinos. On aurait dit que la Nature nous jouait un tour. Je me demandai si Julien Gracq n'avait jamais aperçu un ragondin blanc dans ces parages, s'il fallait voir là je ne sais quel signe. En même temps que je me disais cela, j'estimai qu'il faudrait que je cesse de chercher un sens caché à toute chose. Pourquoi donc ce besoin toujours de croire à des liens mystérieux? Un héron gris posait la patte dans la vase et je me trouvais soudain une complicité avec Julien Graeq! Un ragondin blanc traversait le fleuve et j'en venais à croire que c'était le fantôme d'Edward Abbey! Quand l'animal se fut éloigné, je rouvris mon livre, bien décidé à ne plus me laisser distraire. Où en étais-je? Nous serait-il possible maintenant de lire en paix? Mais des sternes pier-regarins se mirent alors à crier au-dessus de nous. Tous les regards se levèrent vers elles. Un ami me sourit. Si la nature n'était pas mystérieuse, elle était aujourd'hui à tout le moins perturbante



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